Leonor Leal, la généreuse

Leonor©FelixVázquez

Leonor Leal vient de Jerez, une petite ville du sud de l’Andalousie, un des berceaux du flamenco. Elle raconte ici son parcours singulier, les détours qui l’ont menée vers le flamenco et ce qui fait, aujourd’hui, l’originalité de son approche de la danse. Un moment de sensibilité flamenca à l’état pur en attendant son précieux spectacle du samedi 21 mars à la Condition publique.

Tu es de Jerez alors on imagine que tu es imprégnée de flamenco depuis toujours. C’est le cas? Est-ce que le flamenco était présent dans ta famille?

L.L. : Eh bien en réalité à Jerez, toute petite je me suis plutôt formée à la danse classique et espagnole. Le flamenco se trouvait dans mon contexte social mais pas dans ma famille. Ce fut plus tard, à l’âge de 18 ans que je me suis véritablement concentrée sur le flamenco avec des professeurs de Jerez et Séville et très vite j’ai commencé à danser dans des compagnies.

Te rappelles-tu du moment où tu tu as dansé pour la première fois?

L.L. : La première fois que j’ai dansé dans un théâtre comme professionnelle j’avais 21 ans et ce fut au théâtre Villamarta de Jerez avec la compagnie d’Antonio el Pipa. Je m’en souviens parfaitement parce je dansais à ce moment-là et dans ce spectacle des parties en flamenco et des parties en danse (espagnole) et ce fut toute une transition pour moi. Impensable en plus : je ne me serais jamais imaginée dans une compagnie de flamenco.

A quel moment as-tu décidé de devenir danseuse de flamenco? Qu’est-ce qui t’a décidée ? 

L.L. : En fait bien que cela faisait presque 10 ans que je travaillais comme danseuse de flamenco et que j’en vivais… Je n’en étais pas consciente ou il n’y avait pas une décision nette. Il était clair pour moi que je voulais danser mais les opportunités qui m’arrivaient ont marqué peu à peu ma carrière et réellement jusqu’à “Naranja Amarga” je n’ai pas senti que je décidais d’être danseuse de flamenco. J’ai senti la responsabilité comme artiste pour la première fois d’une autre façon et ça a été un moment clé pour moi.

LeonorLeal4©PBaldoniAs-tu été encouragée par ton entourage ?

L.L. : Mes parents ont toujours soutenu ma formation et tout financé depuis le début même si je crois, ils ont toujours pensé qu’un jour mon intérêt passerait. Pour le moment, j’ai les mêmes envies, si ce n’est plus, et la motivation est différente… Peut-être est elle aussi profonde mais plus réaliste et par conséquent plus tranquille.

Comment t’es-tu formée à la danse flamenca? 

L.L. : J’ai eu des professeurs classiques et avant-gardistes pour leur époque aussi. Manolo Marin, José Galván, Pepa Coral ou Carmen Montiel, Juan Parra, Agelita Gómez… tous ceux pratiquement qui se trouvaient à Jerez et Séville, jeunes et moins jeunes. Et ensuite le travail dans des compagnies avec des personnes si variées m’a donné une large vision : Andrés Marín, Javier Barón, Cristina Hoyos… De tous, j’ai beaucoup appris et des choses très précieuses.

Ils ont tous signifié à chaque moment quelque chose de très concret et travailler avec chacun d’eux a été une grande expérience. Mais sincèrement les plus grands maestros que j’ai eus sont ceux auxquels je recours une ou plusieurs fois dans le temps pour autre chose que des expériences ou des spectacles. J’ai recours à eux pour leur force devant la vie, pour leur engagement et pour leur générosité. Pour moi ce sont deux professeures de danse, aucune de flamenco, qui ont compris ma vie et sans me dire beaucoup, elles m’ont nourrie intérieurement, pour toujours.

Quels sont les artistes d’aujourd’hui, danseurs, chanteurs, guitaristes, qui t’inspirent le plus? 

L.L. : La guitare d’Antonio Suárez “ Cano” m’inspire et celle de Salvador Gutiérrez aussi. La voix de Rocío Márquez ou par contraste celle de- Juana la del Pipa. La danse d’ Israel Galván ou Rocío Molina. Mais il y en a beaucoup, beaucoup qui me plaisent.. et d’autres disciplines !

Quels sont ceux, parmi les jeunes artistes, qui te semblent les plus prometteurs?

L.L. : Rocío Molina n’est plus une promesse, c’est une réalité une grande danseuse et je l’adore.

Comment choisis-tu les chanteurs, les guitaristes et les palmeros qui t’accompagnent sur scène?

L.L. : Par affinité personnelle et pour la façon de travailler. Pour le sérieux et la capacité à créer à l’intérieur d’une idée et à apporter de nouvelles visions.”

foto del platoPeux-tu nous raconter ta première rencontre avec le duende?

L.L. : Je dansais dans le théâtre Lope de Vega, le piano jouait Mie Matsumura un morceau de Granados et en bougeant les bras et en les regardant j’ai senti que la vie s’arrêtait et en même temps j’étais plus vivante que jamais !

Y a-t-il des moments où, sur scène, tu rencontres le duende? Quelles sont les conditions favorables ?

L.L. : Je le perçois quand nous sommes tous dans la même direction sur scène. Quand il y a de la détente dans un état de concentration et de liberté assez particulière. Lorsque tous nous pressentons les choses et  que nous nous écoutons.

Nous sommes plusieurs à avoir été très émues quand nous t’avons vue danser Naranja Amarga à Jerez en 2013. Quelles sont les émotions qui t’habitent quand tu danses?

L.L. : Eh bien ce ne sont pas toujours des émotions concrètes… je sens plutôt une intensité. Je sens des volumes. Je sens de l’harmonie et de l’énergie commune avec les musiciens et le public. Je sens du vide parfois une déconnexion avec mon être et d’autres fois une union avec lui.

Tu as un style très personnel : peux-tu nous expliquer comment tu as trouvé la liberté de t’affranchir des codes du baile traditionnel et comment tu la cultives?

L.L. : Comme je viens de la danse classique en fait je en me suis jamais sentie attrapée par le code traditionnel ,Je l’ai appris mais j’ai toujours su que ce n’était pas le mien, Je savais que j’irais d’un autre côté sans savoir jamais lequel. Je le cultive et je le cherche de la même façon qu’une personne mûrit peu à peu dans la vie. Avec conscience et paix.

Tu enseignes beaucoup : qu’est-ce que tu veux transmettre à tes élèves? 

L.L. : J’essaie de transmettre ce que j’aurais aimé que l’on m’explique avant et que j’ai passé des années à découvrir. J’essaie d’encourager chaque personne à parcourir son propre chemin, qu’elle ne se contente pas d’imiter une autre personne mais qu’elle assume en même temps l’importance du langage et du code déjà établi qui est la base et le caractère de la discipline. J’essaie d’attirer l’attention sur la culture andalouse en général comme germe et ingrédient principal.

Quels sont tes projets pour les prochains mois, les prochaines années? Comment te vois-tu dans dix ans?

L.L. : Pour le moment j’inaugure un nouveau spectacle en avril au festival de Dusseldorf et j’espère pouvoir l’emmener à d’autres festival en 2016.
D’ici à 10 ans… je n’ai aucune idée de ce qu’il en sera de ma vie mais la chorégraphie m’intéresse de plus en plus ainsi que les secrets de la scène. Le scénario, le concept, le développement des idées… tout le langage chorégraphique.

Comment choisis-tu les sujets de tes spectacles?

L.L. : C’est plutôt les sujets qui nous choisissent. Ils font partie de notre psyché et elle se reflète rapidement dans ce qui nous attire à un moment donné. »

Propos recueillis par G. L.

Spectacle Mosaïcos, le samedi 21 mars à la Condition publique (Roubaix), à 20h30.

Informations et réservations en cliquant ici.

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